C’est toujours la même transe, la même contrebande: mince chaos du dedans, pour vastes échos dehors.

Entrée en matière

     IntranQu’îllités. Ne vous fiez pas à l’île, qui saute aux yeux comme une proposition de soleil, de clichés de sables fins. On est souvent conduit à percevoir  l’île comme un territoire replié sur ses bornes, où il suffirait de pivoter sur un pied pour en faire le tour. Le préfixe In dans IntranQu’îllités pourrait même renvoyer à la négation de l’insularité. Ce titre est une manière, une astuce pour apostropher tous les imaginaires du monde, pour pénétrer les interstices et naviguer dans l’air/ère d’une île-monde.

À la manière d’un René Magritte sniffant les vertiges surréalistes, taillant une œuvre en dessous de laquelle les mots jaillissent et parlent sans langue de bois: « Ceci n’est pas une pipe », nous sommes comme lui, prêt à céder à la tentation d’annoncer que ce premier numéro d’IntranQu’îllités n’est pas une revue. Nous n’allons pas céder non plus à une certaine coquetterie parfois de mise sur le marché des réflexes contemporains, consistant à dire avec insistance, pourquoi nous ne sommes pas ceci, pourquoi nous ne sommes pas cela, car, en définitif : nous sommes.

Pour répondre à nos envies, nos pulsions « intranquilles », nous préférons substituer au mot revue, le mot rêve. En réalité, l’art ne semble respirer et rayonner que dans l’étrangeté des rêves, de ceux qui, paradoxalement, ne font pas de quartier au sommeil. Nous ne dirons jamais assez notre organique et impérieux besoin d’utopies. Dans le commerce intime qu’entretient le créateur avec l’utopie, il est une ligne de faille qui produit quelque chose comme un tremblement de l’esprit, entre l’angoisse qui précède la création et le jaillissement jubilatoire de l’œuvre. D’aucuns parlent de miracles. Ce moment mystérieux trouve tout artiste dans la jalouse condition d’un démuni grandiose.

Où vont tous ces mots, tous ces mondes qui nous traversent dans nos déraillements divers, sans que nous nous donnions le temps, ni la peine de les accoucher? Où se cachent ces pépites, ces éclairs de rêverie qui métamorphosent et diffusent nos idées noires en feux d’artifices et pulvérisent notre bon sens, pour foutre le camp aussi sec, aussitôt qu’ils nous sont apparus ? Une idée qui passe en éclair surprend toujours par sa force de frappe et nous éclaire avec brio sur notre incapacité à nous en dessaisir. Comment faire, comment procéder pour charrier avec nous les bijoux sonores de langue, sans risquer notre peau de mineur qui rêve de remonter en surface,  paré de mille signes  et de  preuves d’identifiables merveilles. Il faudrait  posséder  la foi et la légèreté insoutenable d’un rêveur à gages.

D’où, la nécessité de rassembler, de capter les vibrations, les mouvements, les tremblements et autres Intranquillités créatrices, qui peuplent nos imaginaires à l’embouchure de nos langues mouillées dans le beau chaos que nous offre le monde.

Ce n’est pas sans raison que dans ce premier numéro, nous avons tenu à rendre hommage à l’écrivain Jacques Stephen Alexis (1922-1961), lui qui a su nous mettre en garde contre les élans totalitaires liés à l’abrutissement de l’esprit: « Quand on laisse dormir son intelligence, elle se rouille comme un clou, et puis on est méchant sans le savoir… »

   IntranQu’îllités, est aussi une émanation de Passagers Des Vents, première structure de résidence artistique et littéraire en Haïti, créée dans l’objectif d’offrir l’hospitalité aux imaginaires du monde entier.

Dans un climat où l’altérité est menacée, traquée de toutes parts, ces résidences permettent de convoquer le temps pour une nouvelle éclaircie dans la météo des regards, et rendre notre disponibilité plus poreuse au jeu/ je de l’autre.

C’est dans ce contexte que nous avons eu à cœur d’opter pour la création d’une boîte noire des rêves, des cauchemars, des palpitations d’un monde en banqueroute, en catastrophe, depuis ce lieu, Haïti, pays qui ne s’imposera pas comme centre – mais auquel un certain rôle d’épicentre sera intimement lié.

C’est depuis cette géographie fracturée, disjonctée que, fragile, balbutie le beau rêve en mouvement d’IntranQu’îllités. Nous voudrions proposer, au fil des numéros à venir, des voix de poètes, d’écrivains, de musiciens, de journalistes, de peintres, de photographes, pour favoriser l’enracinement dans l’imaginaire et le déploiement perméable des espaces humains.

Au-delà des frontières le plus souvent artificielles entre les disciplines de la création, seule compte à nos yeux la poétique, meilleure paire de lunettes pour regarder le monde !

Que cela soit pris pour dit : carte blanche à tous les rêveurs à gages !

James Noël

Pour vous procurer un exemplaire de la revue, veuillez cliquer ici.

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